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Manque de considération : pourquoi ça fait si mal et comment réagir

Par Véronique Bergeot ·

Une femme aux cheveux gris assise seule sur un banc dans un jardin en automne, pensive mais sereine

Le manque de considération est une souffrance discrète. Rien de spectaculaire : une réunion où votre idée est reprise par un autre sans que personne ne relève, un conjoint qui regarde son téléphone pendant que vous parlez, une famille où l'on décide des vacances sans vous demander votre avis. Pris un par un, ce sont des détails. Accumulés, ils finissent par donner l'impression d'être transparent.

C'est un sujet qui revient très souvent au cabinet, rarement en premier. On vient pour du stress, de la fatigue, des disputes, et au fil de la séance arrive cette phrase : « J'ai l'impression de ne pas compter. » Je suis sophrologue et coach à Bordeaux, et avant ça j'ai travaillé des années en start-up, jusqu'au burn-out. Je sais combien on peut s'épuiser à vouloir être vu.

Voici pourquoi le manque de considération fait si mal, comment le reconnaître, comment le dire, et comment se redonner de la place.

Considération et reconnaissance, deux besoins différents

On mélange souvent les deux mots, et pourtant ils ne disent pas la même chose.

La considération porte sur la personne. Être regardé, écouté, pris en compte dans ce qui nous concerne, traité avec égards. C'est le fait d'exister aux yeux de l'autre, indépendamment de ce qu'on produit.

La reconnaissance porte plutôt sur ce que l'on fait. Le travail accompli, les efforts, les résultats. Elle se manifeste par un merci, une promotion, un salaire, un retour précis sur ce qui a été bien fait.

On peut avoir l'une sans l'autre. Une salariée peut être reconnue comme la meilleure de son équipe et ne jamais être consultée sur ce qui change dans son poste. Un parent peut être remercié pour tout ce qu'il organise et avoir l'impression que personne ne l'écoute vraiment. Dans les deux cas, il manque quelque chose d'important, et le dire aide déjà à y voir plus clair.

Pourquoi ça fait si mal

On a tendance à minimiser : « Je suis peut-être trop sensible. » En réalité, notre cerveau prend l'exclusion très au sérieux.

Une étude en imagerie cérébrale de l'université de Californie a observé ce qui se passe quand on est mis à l'écart. Les participants jouaient à un jeu de passes de ballon sur ordinateur, dont ils finissaient par être exclus. Pendant l'exclusion, une zone du cerveau impliquée dans la douleur physique, le cortex cingulaire antérieur, était plus active, et cette activité allait de pair avec la détresse qu'ils rapportaient. Être ignoré, même par des inconnus dans un jeu, active des circuits proches de ceux de la douleur.

Ce n'est donc pas un caprice. Nous sommes faits pour vivre en groupe, et être tenu à l'écart a longtemps été un vrai danger. Le corps réagit en conséquence.

Le piège du « je ne vais pas en faire une histoire »

Ce que j'observe souvent chez les personnes que j'accompagne, c'est qu'elles ont pris l'habitude de ne rien dire. Pour ne pas faire d'histoire, pour ne pas passer pour quelqu'un qui réclame. Le problème, c'est que l'émotion ne disparaît pas. Elle s'accumule, et un jour elle sort d'un coup, trop fort, pour un détail, et c'est vous qui passez pour celle ou celui qui exagère.

Au travail, dans le couple, en famille : les formes qu'il prend

Le manque de considération n'a pas toujours le visage du mépris. Le plus souvent, c'est de l'indifférence, de l'inattention, des habitudes que personne ne questionne.

Au travail

On vous coupe la parole en réunion. Vos mails restent sans réponse. Des décisions qui touchent votre poste sont prises sans vous. Vos idées sont reprises par d'autres. Vos efforts supplémentaires passent pour normaux.

L'INRS, l'institut de référence en santé au travail, classe les « rapports sociaux dégradés » parmi les six grandes familles de risques psychosociaux. On y trouve le manque de soutien, l'équité, l'attention portée au bien-être des salariés, et le modèle du sociologue Johannes Siegrist sur le déséquilibre entre efforts et récompenses. Ces récompenses ne sont pas seulement le salaire. Elles sont aussi statutaires et symboliques : un merci, un regard, le fait d'être consulté.

Dans le couple

Vos goûts sont oubliés, vos projets passent toujours après, on ne vous pose plus de questions sur votre journée. Ou encore : vos émotions sont balayées d'un « tu dramatises ». Dans beaucoup de couples que je vois en coaching de couple, ce n'est pas l'amour qui manque, c'est l'attention. Le quotidien a pris toute la place, et chacun attend que l'autre fasse le premier pas.

Attention, une limite importante : si le manque de considération prend la forme d'humiliations répétées, de menaces, de contrôle ou de violences, ce n'est plus un problème de communication. En France, le 3919 (Violences Femmes Info) est gratuit, anonyme et joignable jour et nuit, et en cas de danger immédiat, il faut appeler le 17.

En famille

Ce peut être la personne à qui l'on demande toujours de rendre service sans jamais lui demander comment elle va. Le parent dont on oublie l'anniversaire. L'enfant devenu adulte que l'on traite encore comme s'il avait douze ans. Les rôles se figent tôt dans les familles, et ils sont difficiles à faire bouger.

Ce que ça fait, à la longue

À force de ne pas être pris en compte, on finit par se prendre moins en compte soi-même. On doute de sa valeur, on n'ose plus demander, on se demande si ce qu'on ressent est légitime. Ce sentiment de ne pas être à sa place, j'en parle aussi dans mon article sur le fait de ne pas se sentir légitime.

Le corps suit. Tension permanente, sommeil plus léger, irritabilité, fatigue. L'Organisation mondiale de la santé rappelle que le stress qui dure peut provoquer ou aggraver une anxiété ou une dépression.

Au travail, ce n'est pas qu'une impression. Une méta-analyse de huit études menées auprès de près de 85 000 salariés a montré que les personnes exposées à un déséquilibre entre efforts fournis et récompenses reçues avaient un risque de dépression environ 1,5 fois plus élevé que les autres. C'est aussi l'un des terrains du burn-out, dont j'ai décrit les signes, et de la souffrance au travail plus largement.

Le dire sans exploser ni se taire

Il existe deux réflexes, et ils échouent tous les deux. Se taire, qui nourrit la rancœur. Et exploser, qui donne à l'autre une bonne raison de ne pas écouter, et qui laisse souvent en prime un sentiment de culpabilité. Entre les deux, il y a une façon de dire qui s'apprend.

Une phrase en trois temps

Voici la trame que je travaille souvent en coaching :

  1. Un fait précis, que personne ne peut contester : « Ce matin, en réunion, la décision sur le planning a été prise sans que je sois consultée. »
  2. Ce que vous avez ressenti, en parlant de vous : « Je me suis sentie mise de côté. »
  3. Une demande concrète : « J'aimerais qu'on me pose la question la prochaine fois que ça touche mon équipe. »

Évitez les « toujours » et les « jamais », qui transforment un fait en procès. Évitez aussi le « tu » accusateur. « Tu ne m'écoutes jamais » appelle une défense. « Hier soir, quand je t'ai parlé de mon rendez-vous, tu regardais ton téléphone, et je me suis sentie seule » appelle une réponse.

Choisir le moment

Pas à chaud, pas devant témoins, pas quand l'autre part en réunion ou couche les enfants. Demandez un moment : « J'aimerais te parler de quelque chose ce soir, tu as un quart d'heure ? » Ça donne déjà du poids à ce que vous allez dire. Et ça vous laisse quelques heures pour redescendre, trouver vos mots et choisir la demande qui compte le plus pour vous.

Et si l'on vous répond « tu es trop sensible » ?

C'est la réponse que redoutent beaucoup de personnes que j'accompagne, et elle arrive parfois. Elle déplace la discussion : on ne parle plus de ce qui s'est passé, mais de votre façon de le vivre. Vous n'avez pas à débattre de votre sensibilité. Revenez simplement au fait et à la demande : « Peut-être. Mais ce matin, la décision a été prise sans moi, et j'aimerais être consultée la prochaine fois. » Le répéter calmement, sans vous justifier davantage, suffit souvent à remettre le sujet sur la table. Et si ça ne suffit pas, vous saurez au moins que vous avez été claire.

Accepter de ne pas tout maîtriser

Vous pouvez changer votre façon de demander. Vous ne pouvez pas décider à la place de l'autre de sa façon de répondre. Si, malgré des demandes claires et répétées, rien ne bouge, c'est une information. Elle peut vous amener à revoir la place que vous donnez à cette relation, à ce poste ou à ce cadre.

Se redonner de la considération

On attend souvent des autres ce qu'on ne s'accorde pas soi-même. Ce n'est pas une faute, c'est souvent une vieille habitude. Mais tant qu'on se traite comme quelqu'un dont les besoins passent après, on envoie aux autres le même message.

Un exercice pour revenir à soi

Le soir, assis confortablement, fermez les yeux et prenez trois respirations lentes en allongeant l'expiration. Puis posez-vous trois questions, et répondez-y par écrit, en quelques mots :

  • Qu'est-ce que j'ai fait aujourd'hui qui comptait, même petit ?
  • Qu'est-ce que j'ai ressenti, et où dans le corps ?
  • De quoi aurais-je eu besoin, et est-ce que je peux me l'accorder demain ?

Les premières fois, on trouve peu de choses. Au bout de quelques semaines, on remarque davantage ce qu'on fait, et on attend un peu moins que les autres le remarquent à notre place.

Une limite par jour

Choisissez chaque jour une petite limite à respecter : finir votre déjeuner sans répondre à un message, dire « je ne peux pas cette fois » à une demande de trop, prendre dix minutes pour vous avant de vous occuper des autres. C'est minuscule, et c'est un entraînement. Chaque limite tenue dit à votre entourage, et à vous-même, que vous comptez.

Choisir ses appuis

Repérez autour de vous les personnes avec qui vous vous sentez écouté. Passez plus de temps avec elles. L'OMS cite d'ailleurs le contact avec des personnes de confiance et le partage de ce que l'on ressent parmi ce qui aide à faire face au stress.

Quand demander de l'aide

Parlez-en à votre médecin si vous dormez mal, êtes épuisé ou avez perdu le goût de tout depuis plusieurs semaines, ou si vous avez des idées noires. Au travail, le médecin du travail peut aussi être un interlocuteur, tout comme les représentants du personnel quand la situation touche une équipe entière.

Quand le besoin est surtout de reprendre confiance et de savoir comment agir, un accompagnement peut aider. En coaching, on travaille sur la façon de formuler vos demandes, de poser vos limites et de décider de ce que vous voulez changer. En sophrologie, on travaille sur ce que le corps garde de ces blessures répétées, et sur les moments où l'émotion déborde ; vous trouverez d'ailleurs quelques repères pour gérer son stress et ses émotions. La sophrologie et le coaching ne remplacent pas un avis médical, et ils ne changent pas les autres à votre place. Ils vous aident à reprendre votre place.

Je reçois au cabinet pour le coaching de vie à Bordeaux, rue Ducau, et je propose aussi le coaching en ligne. Si la difficulté se joue surtout à deux, le coaching de couple permet de remettre de l'attention là où le quotidien en a retiré. En attendant, essayez la phrase en trois temps une fois cette semaine, sur une petite chose. Vous verrez ce que ça change.

Questions fréquentes

Quelle différence entre manque de considération et manque de reconnaissance ?

La considération porte sur la personne : être vu, écouté, pris en compte, traité avec égards. La reconnaissance porte plutôt sur ce que l'on fait : son travail, ses efforts, ses résultats. On peut être reconnu pour ses compétences et manquer de considération, par exemple quand on est félicité pour un dossier mais jamais consulté sur ce qui nous concerne.

Comment dire à quelqu'un qu'on manque de considération ?

Choisissez un moment calme, pas celui où la blessure est encore à vif. Décrivez un fait précis plutôt qu'un reproche général, dites ce que vous avez ressenti en parlant de vous, puis formulez une demande concrète. Par exemple « Hier, la décision a été prise sans moi. Je me suis sentie mise de côté. J'aimerais être consultée la prochaine fois. » C'est plus difficile à balayer qu'un « tu ne me respectes pas ».

Le manque de considération au travail peut-il mener au burn-out ?

Le manque de reconnaissance fait partie des facteurs de risques psychosociaux identifiés par l'INRS, et des efforts élevés peu récompensés sont associés à plus de risque de dépression. Si vous êtes épuisé, que vous dormez mal ou que vous perdez le goût de tout depuis des semaines, parlez-en à votre médecin traitant ou au médecin du travail.

Comment se redonner de la considération à soi-même ?

En commençant par remarquer ce que vous faites et ce que vous ressentez, au lieu de l'attendre du regard des autres. Notez chaque soir une chose que vous avez faite et qui comptait, même petite. Et respectez une limite par jour, même minuscule. Ce n'est pas de l'égoïsme : c'est ce qui vous permet de demander aux autres ce que vous vous accordez déjà.

Sources

  1. Eisenberger NI et al., Does rejection hurt? An FMRI study of social exclusion, Science, 2003
  2. INRS, Risques psychosociaux : facteurs de risque
  3. Organisation mondiale de la santé, Questions-réponses : stress
  4. Rugulies R et al., Effort-reward imbalance at work and risk of depressive disorders. A systematic review and meta-analysis of prospective cohort studies, Scand J Work Environ Health, 2017

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