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Souffrance au travail : reconnaître les signes et savoir à qui parler

Par Véronique Bergeot ·

Une femme en manteau assise sur un banc de pierre dans une cour fleurie, les yeux fermés, qui prend une pause au grand air

Il y a d'abord le dimanche soir qui devient lourd. Puis le réveil à quatre heures, la tête déjà au bureau. Puis, un jour, les larmes dans la voiture avant d'entrer sur le parking. La souffrance au travail s'installe rarement d'un coup, et c'est pour ça qu'on la voit si mal venir.

Je le sais d'expérience. J'ai travaillé des années dans des start-up, jusqu'au burn-out. Je me disais que la fatigue était le prix normal d'un métier que j'aimais, et j'ai mis beaucoup trop de temps à écouter ce que mon corps répétait. Aujourd'hui, comme sophrologue à Bordeaux, je reçois souvent des personnes au même point.

Vous trouverez ici les signes qui doivent vous alerter, comment faire la part entre vous et votre travail, à qui vous adresser concrètement, et ce que la sophrologie peut faire pour vous pendant ce temps.

La souffrance au travail, ce n'est pas « juste du stress »

Un pic de stress avant une échéance, c'est normal : le corps se mobilise, puis il récupère. La souffrance commence quand il ne récupère plus. Quand le week-end ne suffit plus, quand les vacances ne suffisent plus, quand l'idée même d'y retourner serre la gorge.

Ce n'est pas marginal. D'après Santé publique France, parmi les salariés vus par des médecins du travail participant à son programme de surveillance, la souffrance psychique liée au travail concernait 5,9 % des femmes et 2,7 % des hommes, des chiffres qui ont doublé en une douzaine d'années. L'agence rappelle aussi qu'elle ne figure pas dans les tableaux de maladies professionnelles, et qu'elle est donc peu reconnue.

Quand cette usure va jusqu'à l'épuisement, on parle de burn-out. L'INRS le décrit comme un ensemble de réactions à un stress professionnel chronique, avec trois dimensions : l'épuisement émotionnel, une forme de cynisme ou de distance vis-à-vis des autres, et le sentiment de ne plus rien accomplir de bien.

Les signes que je vois arriver en séance

Les personnes que j'accompagne ne disent presque jamais « je souffre au travail ». Elles disent qu'elles sont fatiguées, qu'elles dorment mal, qu'elles n'ont plus de patience. Voici ce qui revient le plus souvent.

Dans le corps

  • Une fatigue qui ne passe plus, même après plusieurs nuits correctes.
  • Des réveils au milieu de la nuit, avec les dossiers qui tournent en boucle.
  • Des tensions dans la nuque, les épaules, la mâchoire, le ventre noué.
  • Des maux de tête plus fréquents, une immunité en berne.

Dans les émotions et le comportement

  • Une irritabilité inhabituelle, pour des détails.
  • Des larmes qui montent sans prévenir.
  • L'envie de s'isoler : déjeuner seul, couper la caméra, éviter la machine à café.
  • Ou au contraire travailler toujours plus, rester tard, répondre aux mails le soir, pour « reprendre le contrôle ».
  • La perte d'intérêt pour ce qui vous plaisait, au travail et en dehors.

Un seul de ces signes, pendant quelques jours, ne veut pas dire grand-chose. Plusieurs, pendant plusieurs semaines, méritent qu'on s'arrête.

Ce qui relève de vous, ce qui relève du travail

C'est un piège dans lequel je suis tombée moi-même : penser que si l'on va mal, c'est qu'on n'est pas assez solide. Or la souffrance au travail vient très souvent de l'organisation du travail elle-même.

Le dépliant du ministère du Travail sur la souffrance au travail cite des situations très concrètes : des critiques systématiques, des humiliations, une mise au placard, une hiérarchie qui ne communique plus que par courriel, des consignes floues ou contradictoires, une charge de travail devenue irréalisable. Ces situations ne sont pas « dans votre tête ». Votre employeur a l'obligation de protéger votre santé physique et mentale, et certaines peuvent relever du harcèlement moral.

D'autres fois, c'est plus diffus : le manque de reconnaissance, la perte de sens, l'écart entre ce que vous pensiez faire et ce qu'on vous demande. J'en parle dans mon article sur le manque de considération.

Faire cette distinction ne sert pas à chercher un coupable. Ça sert à choisir les bonnes actions : certaines vous appartiennent, d'autres doivent être portées par l'entreprise.

Que faire en cas de souffrance au travail

Voir votre médecin traitant

C'est la première étape, surtout si vous dormez mal depuis des semaines ou si vous ne vous reconnaissez plus. Il peut évaluer votre état, proposer un accompagnement adapté et, si nécessaire, un arrêt de travail pour vous mettre à l'abri le temps de récupérer.

Préparez le rendez-vous en notant, avant d'y aller, depuis quand vous ne vous sentez pas bien, ce qui a changé dans votre sommeil, votre appétit, votre humeur, et ce qui se passe au travail. Le jour même, l'émotion fait souvent oublier la moitié des choses. Et si vous avez du mal à en parler, vous pouvez simplement tendre la feuille.

Contacter le médecin du travail

Beaucoup de salariés l'ignorent : comme l'explique service-public.fr, vous pouvez contacter directement la médecine du travail, sans demander l'accord de votre employeur, et vous ne pouvez pas être sanctionné pour cela. Le médecin du travail est tenu au secret. Son rôle est préventif : il peut proposer à l'employeur un aménagement de poste, une mutation, et vous orienter vers des consultations spécialisées.

Garder une trace des faits

Le ministère du Travail conseille de tenir un carnet de bord : la date, ce qui s'est passé, qui était présent, ce que vous avez ressenti. Ce n'est pas de la paranoïa. C'est utile pour vous, pour objectiver ce que vous vivez, et utile si un jour il faut constituer un dossier.

Ne pas rester seul

Parlez-en à un proche, à un collègue de confiance, aux représentants du personnel s'il y en a. L'isolement aggrave tout. Mettre des mots devant quelqu'un d'autre, c'est souvent la première fois qu'on mesure ce qu'on encaisse depuis des mois.

Un exercice pour les jours difficiles

Pendant que les démarches avancent, il faut tenir. Voici un exercice de sophrologie que je propose souvent, à faire avant d'entrer au bureau, aux toilettes entre deux réunions, ou dans la voiture.

  1. Asseyez-vous, les deux pieds bien à plat. Posez une main sur le ventre.
  2. Inspirez par le nez en gonflant doucement le ventre, en comptant jusqu'à quatre.
  3. Expirez par la bouche, lentement, en comptant jusqu'à six, comme si vous souffliez sur une bougie sans l'éteindre.
  4. Recommencez cinq fois.
  5. Puis haussez les épaules vers les oreilles en inspirant, retenez deux secondes, et relâchez-les d'un coup en soufflant. Trois fois.
  6. Pour finir, nommez intérieurement trois choses que vous voyez autour de vous.

Ça prend deux minutes. Ça ne règle rien au problème de fond, mais ça redonne un peu d'air au moment où vous en avez besoin. Si cette respiration vous fait du bien, la cohérence cardiaque en est une version plus structurée, à pratiquer plusieurs fois par jour.

Ce que la sophrologie peut apporter, et ce qu'elle ne fait pas

En séance, on travaille sur ce qui vous appartient : apprendre à repérer plus tôt la montée de tension, retrouver un sommeil plus réparateur, relâcher le corps, préparer un entretien difficile avec votre manager. Les personnes que j'accompagne me disent souvent qu'elles ont l'impression de « respirer à nouveau ».

La recherche va dans ce sens, avec prudence. Une revue Cochrane portant sur 117 essais et plus de 11 000 soignants montre que les approches individuelles, dont la relaxation et l'activité physique, peuvent réduire les symptômes de stress à court terme. Les auteurs jugent toutefois le niveau de preuve faible.

Ce que la sophrologie ne fait pas : elle ne change pas une organisation du travail défaillante, elle ne fait pas cesser un harcèlement, et elle ne remplace pas un avis médical. Je préfère le dire clairement : vous apprendre à mieux supporter une situation qui vous détruit ne serait pas vous rendre service. La sophrologie vient en complément du suivi de votre médecin et des démarches dans l'entreprise, jamais à leur place.

Quand il faut consulter sans attendre

Certains signes ne doivent pas attendre une séance de sophrologie. Voyez votre médecin rapidement si vous ne dormez presque plus, si vous n'arrivez plus à vous lever pour aller travailler, si vous perdez l'appétit, ou si vous ne trouvez plus de plaisir à rien. Les signes d'un épuisement plus avancé sont détaillés dans mon article sur les signes du burn-out.

Et si vous avez des idées noires, n'attendez pas : appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable jour et nuit, ou le 15 en cas d'urgence.

Quand vous serez prêt, je peux vous accompagner en sophrologie pour adultes, au cabinet rue Ducau pour une séance de sophrologie à Bordeaux ou en sophrologie en ligne si vous préférez rester chez vous. Les tarifs sont affichés à la séance. Pour aller plus loin seul, vous pouvez aussi lire mes conseils pour gérer son stress et ses émotions.

Questions fréquentes

Quels sont des exemples de souffrance au travail ?

Des critiques systématiques ou des humiliations, une mise au placard, des consignes contradictoires, une charge de travail devenue impossible, un manager qui ne vous adresse plus la parole que par courriel. Mais aussi, plus discrètement, le fait de ne plus trouver de sens à ce que l'on fait. Ce qui compte, c'est la durée et l'effet sur votre santé et votre vie.

Peut-on voir le médecin du travail sans prévenir son employeur ?

Oui. Vous pouvez contacter directement la médecine du travail, sans demander l'accord de votre employeur, et vous ne pouvez pas être sanctionné pour cela. Le médecin du travail est tenu au secret professionnel. Ses coordonnées doivent être affichées dans l'entreprise, ou vous pouvez les demander aux ressources humaines sans dire pourquoi.

Est-ce normal de pleurer au travail ?

Pleurer une fois après une journée très dure, ça arrive à tout le monde et ce n'est pas un signe de faiblesse. Pleurer souvent, avant d'y aller, dans la voiture ou aux toilettes, c'est un signal que la charge dépasse ce que vous pouvez porter. Dans ce cas, parlez-en à votre médecin et à quelqu'un de confiance.

La sophrologie est-elle prise en charge pour la souffrance au travail ?

L'Assurance maladie ne rembourse pas les séances de sophrologie. Certaines mutuelles prévoient un forfait pour les pratiques de bien-être, et certaines entreprises financent des séances ou des ateliers. Renseignez-vous auprès de votre mutuelle ou de votre comité social et économique avant de commencer.

Sources

  1. Santé publique France, La souffrance psychique en lien avec le travail à partir du Programme de surveillance des maladies à caractère professionnel : résultats des enquêtes transversales 2013 à 2019 et évolution depuis 2007, BEH, 2024
  2. INRS, Épuisement professionnel ou burnout : ce qu'il faut retenir
  3. Ministère du Travail, Direccte Île-de-France, Souffrance au travail, harcèlement : comment faire face ? (dépliant salariés)
  4. Service-public.fr, Médecine du travail pour un salarié du secteur privé
  5. Tamminga SJ et al., Individual-level interventions for reducing occupational stress in healthcare workers, Cochrane Database Syst Rev, 2023

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