Comment faire un travail sur soi : par où commencer, concrètement
Par Véronique Bergeot ·

« Il faudrait que je fasse un travail sur moi. » C'est une phrase que j'entends souvent au cabinet, souvent dite avec un peu de lassitude. On sent qu'on tourne en rond : les mêmes réactions, les mêmes disputes, la même fatigue. On a envie que ça change, sans savoir par quel bout commencer, ni même si c'est « sérieux » ou un peu flou.
Je suis sophrologue, hypnothérapeute et coach à Bordeaux. Mon propre travail sur moi a commencé de façon assez brutale, avec un burn-out après des années en start-up. Je n'avais pas choisi de me remettre en question. J'y ai été obligée. Et c'est par la sophrologie, en réapprenant à écouter mon corps, que j'ai commencé à comprendre ce qui m'avait menée là.
Vous trouverez ici ce qu'on appelle vraiment un travail sur soi, par où commencer, des exercices simples pour le corps et les émotions, et des repères pour savoir quand il vaut mieux se faire accompagner.
Ce qu'on appelle un travail sur soi
Faire un travail sur soi, c'est prendre le temps de regarder comment on fonctionne, pour pouvoir changer ce qui ne nous convient plus. Rien de mystique là-dedans. On observe ses réactions, on comprend d'où elles viennent, et on essaie d'autres façons de faire.
Ce n'est pas devenir quelqu'un d'autre. Ni « la meilleure version de soi-même », cette formule qui met une pression de plus. C'est plutôt devenir un peu plus soi, avec moins de pilotage automatique.
Ce n'est pas non plus forcément revenir sur toute son enfance. Certaines personnes ont besoin de comprendre leur histoire, d'autres ont surtout besoin d'outils pour le présent. Les deux sont légitimes.
Travailler sur soi, par la tête et par le corps
On imagine souvent le travail sur soi comme quelque chose qui se passe dans la tête : réfléchir, analyser, comprendre. C'est utile, mais ça ne suffit pas toujours. On peut très bien comprendre pourquoi on s'énerve, et continuer à s'énerver. C'est pour ça qu'en sophrologie, je passe aussi par le corps : la respiration, les tensions, les sensations. Le corps réagit souvent avant qu'on ait eu le temps de penser.
Pourquoi on a du mal à changer
Si changer était simple, on l'aurait déjà fait. Nos réactions habituelles ont souvent été utiles à un moment de notre vie : se taire pour éviter les conflits, tout contrôler pour se rassurer, tout donner au travail pour être reconnu. Le cerveau garde ce qui a marché, même quand ça ne marche plus. C'est pour ça que je ne parle jamais de « défauts » en séance, mais de stratégies qui ont fait leur temps. On ne les arrache pas, on les remplace peu à peu par d'autres, plus ajustées à ce que vous vivez aujourd'hui.
Par où commencer : clarifier ce que vous voulez changer
La première étape, c'est de savoir sur quoi vous voulez travailler. « Aller mieux », c'est trop vague pour avancer. Il faut quelque chose de plus concret.
Un exercice pour y voir clair
Prenez une feuille et répondez à ces questions, sans vous censurer :
- Qu'est-ce qui revient souvent dans ma vie et que j'aimerais voir changer ?
- Dans quelles situations est-ce que je me sens le moins moi-même ?
- Si ce problème était réglé demain, à quoi je le verrais concrètement ?
- Qu'est-ce que j'ai déjà essayé, et qu'est-ce qui a un peu marché ?
La troisième question est la plus importante. Elle transforme une envie floue en objectif observable : « je dirais non à mon chef quand ma charge est déjà pleine », « je m'endormirais sans ressasser ma journée », « je parlerais à ma sœur sans que ça finisse en dispute ».
Un seul objectif à la fois
Je conseille de commencer par un seul objectif, pas cinq. Le travail sur soi est fatigant quand on veut tout changer en même temps. Un objectif réussi donne de l'élan pour le suivant.
Écouter ce que dit le corps
C'est souvent la partie qu'on oublie, et c'est pourtant celle où la sophrologie apporte le plus. Votre corps vous envoie des signaux bien avant que vous ne vous rendiez compte que quelque chose ne va pas : la mâchoire qui se serre, le ventre qui se noue, les épaules qui remontent.
Le scan du corps, cinq minutes par jour
Asseyez-vous, fermez les yeux, respirez calmement quelques fois. Puis promenez votre attention du sommet de la tête jusqu'aux pieds, lentement, zone par zone. Ne cherchez pas à changer quoi que ce soit. Remarquez simplement où il y a de la tension, de la chaleur, de l'inconfort, ou au contraire de la détente.
Faites-le chaque jour à la même heure pendant deux semaines, et notez en une ligne ce que vous avez remarqué. Les personnes que j'accompagne découvrent souvent que leurs tensions ne sont pas dues au hasard : elles apparaissent le dimanche soir, avant certains rendez-vous, après certains appels.
Une routine simple de sophrologie
Ajoutez à ce scan un ou deux exercices courts : une respiration avec une expiration longue, un haussement d'épaules sur l'inspiration suivi d'un relâchement complet. Je les ai décrits pas à pas dans mes exercices de sophrologie à faire chez soi. Ce n'est pas du travail sur soi « en plus ». C'est le moyen de créer un peu d'espace entre ce qui arrive et la façon dont vous y réagissez.
Bouger aide aussi, plus qu'on ne le croit. L'Assurance Maladie rappelle que l'activité physique diminue le niveau de stress, améliore l'estime de soi et régule l'humeur. Une marche quotidienne fait partie du travail sur soi, au même titre que l'introspection.
Mettre des mots sur ce que vous ressentez
Beaucoup de personnes que je reçois savent dire qu'elles « ne vont pas bien », mais ont du mal à dire précisément ce qu'elles ressentent. Or mettre le bon mot sur une émotion change déjà quelque chose.
Nommer l'émotion
Une étude de Lieberman et son équipe, menée en imagerie cérébrale, a montré que mettre un mot sur une émotion diminue la réaction de l'amygdale, une zone du cerveau très impliquée dans la peur et l'alerte. En pratique : remplacer « je suis mal » par « je suis déçue », « je me sens humiliée », « j'ai peur de ne pas y arriver ». Plus le mot est précis, plus il aide.
Écrire, sans se relire
L'écriture est un outil simple et accessible. Prenez dix minutes, plusieurs jours de suite, pour écrire ce qui vous préoccupe, sans vous soucier du style ni de l'orthographe. Une grande méta-analyse de Frattaroli, qui a rassemblé 146 études randomisées, trouve un effet positif de ce type d'expression écrite. Je préfère être honnête : l'effet moyen est modeste. Mais c'est gratuit, facile à essayer, et beaucoup de personnes y trouvent un vrai soulagement.
Si une écriture fait remonter des choses très douloureuses, arrêtez-vous. Ce n'est pas un exercice à pousser coûte que coûte, seul, le soir. Pour d'autres façons d'accueillir ce que vous ressentez, j'ai rassemblé des pistes dans mon article pour gérer son stress et ses émotions.
S'accorder un peu plus de douceur
Quand on décide de travailler sur soi, on a souvent tendance à se juger durement : « je devrais y arriver », « je suis nulle de réagir encore comme ça ». C'est contre-productif.
L'autocompassion, ce n'est pas se laisser aller
L'autocompassion, c'est se parler comme on parlerait à un ami qui traverse la même difficulté. Pas pour tout excuser, mais pour se donner les moyens de changer. Une méta-analyse de MacBeth et Gumley, portant sur 14 études, a trouvé un lien fort entre plus d'autocompassion et moins de détresse psychologique. C'est un lien statistique, pas une preuve de cause à effet, mais il va dans le sens de ce que j'observe en séance.
Un exercice simple : la prochaine fois que vous vous critiquez, posez une main sur la poitrine, respirez, et demandez-vous ce que vous diriez à votre meilleure amie dans la même situation. Puis dites-le-vous.
Accepter les ratés
Les échecs font partie du chemin. Vous allez retomber dans vos vieilles habitudes, c'est certain. Ce n'est pas le signe que le travail ne marche pas. C'est l'occasion de regarder ce qui s'est passé : qu'est-ce qui a déclenché la réaction ? Qu'est-ce que j'aurais pu faire juste avant ? Et lâcher prise sur ce qui ne dépend pas de vous, en faisant la liste de ce que vous contrôlez et de ce que vous ne contrôlez pas, permet de mettre son énergie au bon endroit.
Regarder son entourage
On ne travaille pas sur soi dans le vide. Les personnes qui nous entourent peuvent nous porter ou, au contraire, nous épuiser.
Les relations qui épuisent
Certaines relations laissent systématiquement un goût amer : une critique permanente, une négativité qui déteint, des réussites jamais reconnues, de la culpabilité utilisée pour obtenir quelque chose. Les repérer ne veut pas dire couper les ponts avec tout le monde. Cela veut dire prendre conscience de l'effet qu'elles ont sur vous.
Poser des limites
Le travail sur soi passe souvent par là : apprendre à dire non, à dire ce qui ne vous convient pas, à réduire le temps passé avec les personnes qui vous abîment. Ça s'apprend, et ça se prépare. En sophrologie, on peut par exemple répéter mentalement une conversation difficile en restant calme et ancré. Le retour des autres peut aussi devenir une ressource quand il est bienveillant : j'en parle dans mon article sur la façon d'intégrer un feedback constructif.
Un petit inventaire
Prenez une feuille et tracez deux colonnes. À gauche, les personnes après lesquelles vous vous sentez plus léger, plus confiant, plus vous-même. À droite, celles après lesquelles vous vous sentez vidé, tendu ou rabaissé. Ne jugez pas, observez. Puis demandez-vous comment donner un peu plus de place à la colonne de gauche, et un peu moins à celle de droite. Parfois, il suffit de changer la durée ou le cadre d'une rencontre pour qu'elle pèse moins.
Et à l'inverse, entourez-vous de personnes qui vous soutiennent : un ami avec qui parler vraiment, un groupe, un professionnel. Personne ne peut faire le travail à votre place, mais vous n'êtes pas obligé de le faire seul.
Faire durer le changement
Le plus difficile n'est pas de commencer. C'est de continuer quand l'enthousiasme du début retombe.
Des petites actions régulières
Mieux vaut cinq minutes chaque jour qu'une grande séance d'introspection une fois par mois. Associez votre exercice à un moment fixe, le café du matin, le trajet du retour, et gardez-le court au début.
Se laisser du temps
Une habitude met du temps à devenir automatique. Une étude suivie par Gardner, Lally et Wardle montre que le geste devient automatique au bout de 66 jours en moyenne, avec de grandes différences d'une personne à l'autre. Bonne nouvelle au passage : rater un jour ne fait pas tout s'écrouler. On reprend le lendemain.
Remarquer ce qui va mieux
On a tendance à repérer surtout ce qui ne va pas. Le soir, avant de dormir, notez une chose que vous avez faite différemment dans la journée, même minuscule : une respiration avant de répondre, une pause prise, une demande formulée. C'est un exercice que je donne souvent, parce qu'il entraîne le regard à voir le chemin parcouru, et pas seulement celui qui reste.
Faire le point régulièrement
Toutes les deux semaines, relisez vos notes. Qu'est-ce qui a changé, même un peu ? Qu'est-ce qui coince encore ? On remarque rarement ses progrès au jour le jour. Les voir écrits motive beaucoup. Si vous doutez de vous à chaque étape, mon article sur le fait de ne pas se sentir légitime pourrait vous parler.
Quand se faire accompagner
Un travail sur soi peut se faire en partie seul. Mais il y a des moments où un accompagnement fait gagner beaucoup de temps : quand on tourne en rond malgré ses efforts, quand on ne sait pas par où commencer, ou quand on a besoin d'un regard extérieur pour voir ce qu'on ne voit pas.
Quand voir d'abord un médecin
Le travail sur soi, la sophrologie et le coaching ne remplacent pas un avis médical. Si vous êtes très triste depuis plusieurs semaines, si vous ne dormez presque plus, si vous n'arrivez plus à travailler ou si vous avez des idées noires, parlez-en d'abord à votre médecin, sans attendre. Un accompagnement peut ensuite venir en complément.
Ce que je propose
En séance de sophrologie pour adultes, je vous aide à écouter ce que dit votre corps, à apaiser les tensions et à vous préparer aux situations qui vous mettent en difficulté. En coaching de vie, on travaille davantage sur vos objectifs, vos choix et vos blocages, avec des étapes concrètes entre les séances. Souvent, je mêle les deux.
Je reçois au cabinet pour du coaching de vie à Bordeaux, rue Ducau, et aussi en visio. Mon parcours, et la façon dont je suis arrivée à ce métier, sont sur la page à propos.
En attendant, commencez par l'exercice des quatre questions, ce soir, sur une simple feuille. C'est souvent le premier pas le plus utile.
Questions fréquentes
Comment débuter un travail sur soi ?
Commencez petit. Choisissez une seule chose que vous aimeriez voir changer, formulez-la concrètement, puis prenez cinq minutes par jour pour vous observer : ce que vous ressentez dans le corps, ce que vous pensez, comment vous réagissez. Notez-le. Au bout de deux ou trois semaines, vous aurez une base solide pour savoir sur quoi travailler, seul ou accompagné.
Peut-on faire un travail sur soi seul ?
Oui, en partie. L'écriture, l'observation de ses réactions, les exercices de respiration se pratiquent très bien seul. Mais on a tous des angles morts, des réactions qu'on ne voit pas parce qu'on est dedans. Un regard extérieur bienveillant, celui d'un proche ou d'un professionnel, aide à les repérer. Et si vous traversez une période vraiment difficile, mieux vaut ne pas rester seul.
Combien de temps dure un travail sur soi ?
Il n'y a pas de fin à proprement parler, on continue de se découvrir toute sa vie. Mais un objectif précis, comme mieux gérer son stress ou oser dire non, se travaille souvent en quelques mois. Les premiers changements arrivent parfois vite. Ce qui demande du temps, c'est que le nouveau réflexe s'installe et tienne quand la pression revient.
La sophrologie aide-t-elle à travailler sur soi ?
Oui, c'est même une de ses forces. La sophrologie apprend à observer ce qui se passe dans le corps et à faire le lien avec les émotions et les pensées. Elle donne aussi des outils pour se détendre et pour se projeter dans une situation à venir. En séance, j'accompagne ce travail pas à pas, en partant de ce que vous voulez changer, pas d'un programme tout fait.
Sources
- Assurance Maladie (ameli), L'activité physique et sportive : un atout essentiel pour le bien-être
- Lieberman MD et al., Putting feelings into words: affect labeling disrupts amygdala activity in response to affective stimuli, Psychol Sci, 2007
- Frattaroli J et al., Experimental disclosure and its moderators: a meta-analysis, Psychol Bull, 2006
- MacBeth A et al., Exploring compassion: a meta-analysis of the association between self-compassion and psychopathology, Clin Psychol Rev, 2012
- Gardner B et al., Making health habitual: the psychology of 'habit-formation' and general practice, Br J Gen Pract, 2012
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