Les 4 leviers de la motivation : comprendre pourquoi l'envie s'en va
Par Véronique Bergeot ·

Le réveil sonne, vous savez ce que vous avez à faire, et rien ne bouge. Ce n'est pas de la paresse : vous avez été motivé, parfois très investi, et quelque chose s'est éteint. Les quatre leviers de la motivation dont je vais vous parler aident à comprendre ce qui s'est passé, et surtout par où recommencer.
Je suis coach et sophrologue à Bordeaux. Avant ça, j'ai travaillé des années en start-up, avec une énergie qui semblait inépuisable, jusqu'au burn-out. J'ai appris à mes dépens qu'on peut être très motivé et s'épuiser quand même, et qu'une perte d'envie n'est pas toujours un problème de volonté.
Je vous propose ici de regarder les quatre ressorts de la motivation (autonomie, compétence, lien aux autres et sens), de faire un bilan rapide pour repérer celui qui vous manque, puis de voir quand une baisse de motivation doit vous amener chez le médecin plutôt que chez un coach.
Pourquoi la motivation ne se commande pas
On parle souvent de motivation comme d'un réservoir qu'il suffirait de remplir avec de la volonté. En séance, je vois plutôt l'inverse : les personnes que j'accompagne qui ont perdu l'envie sont rarement des personnes sans volonté. Ce sont souvent les plus consciencieuses, celles qui ont continué à pousser bien après que l'envie se soit tarie.
Les psychologues Richard Ryan et Edward Deci ont proposé une autre lecture avec la théorie de l'autodétermination. Selon eux, nous avons trois besoins psychologiques de base : l'autonomie, la compétence et le lien aux autres. Quand ils sont satisfaits, la motivation et le bien-être psychique se renforcent. Quand ils sont contrariés, la motivation baisse, quelle que soit la bonne volonté de départ.
Cette théorie distingue aussi deux sortes de motivation. La motivation intrinsèque, c'est faire quelque chose parce que ça nous intéresse. La motivation extrinsèque, c'est le faire pour une récompense ou pour éviter une sanction. Les deux existent chez tout le monde, et une méta-analyse portant sur 183 études et plus de 212 000 personnes montre qu'elles ne s'opposent pas : l'intérêt pour la tâche prédit surtout la qualité du travail, les primes plutôt la quantité.
À ces trois besoins, j'ajoute dans ma pratique un quatrième ressort : le sens.
L'autonomie : avoir prise sur son travail
L'autonomie, ce n'est pas faire ce qu'on veut. C'est avoir le sentiment de choisir, au moins en partie, comment on fait les choses : l'ordre des tâches, la méthode, le rythme. Même dans un cadre très contraint, cette petite marge compte énormément.
L'INRS range d'ailleurs le manque d'autonomie parmi les facteurs de risques psychosociaux au travail : peu de marges de manœuvre, pas de participation aux décisions qui vous concernent, peu de possibilités d'utiliser et de développer vos compétences.
Les signes qu'elle vous manque
- Vous avez l'impression d'exécuter, jamais de décider.
- Chaque action doit être validée, même les plus petites.
- Votre agenda est rempli par d'autres.
Ce qui aide
Repérez ce qui reste à votre main, même si c'est peu : l'ordre dans lequel vous traitez vos dossiers, le moment où vous lisez vos mails, la façon dont vous préparez une réunion. Reprendre ces choix délibérément, plutôt que de les subir, change souvent plus qu'on ne le croit. Et si les marges sont vraiment nulles, c'est un sujet à aborder avec votre manager, faits à l'appui.
La compétence : sentir qu'on progresse
Le deuxième besoin, c'est de se sentir capable. Pas forcément le meilleur, mais efficace dans ce qu'on fait, et en train de progresser. La motivation s'effondre dans deux situations opposées : quand les tâches sont trop faciles et répétitives depuis trop longtemps, et quand elles sont trop difficiles, sans formation ni soutien.
Les signes qu'elle vous manque
- Vous vous ennuyez, vous pourriez faire votre travail les yeux fermés.
- Ou au contraire vous êtes en permanence dépassé, sans jamais avoir le temps d'apprendre.
- Vous ne recevez aucun retour sur ce que vous faites bien.
Le manque de sentiment de compétence nourrit souvent un autre malaise que je rencontre beaucoup : l'impression de ne pas être à sa place, que je détaille dans mon article sur le fait de ne pas se sentir légitime.
Ce qui aide
Fixez-vous un objectif d'apprentissage, distinct de vos objectifs de résultat : maîtriser un outil, mener une réunion d'une certaine façon, oser une prise de parole. Chaque fin de semaine, notez une chose que vous savez mieux faire qu'au début du mois. Ça paraît modeste. C'est exactement ce que le cerveau a besoin de voir pour retrouver de l'élan.
Le lien aux autres : ne pas travailler seul
Le troisième besoin, c'est d'être relié : se sentir appartenir à un groupe, compter pour quelqu'un, pouvoir demander de l'aide. Le télétravail, les équipes éclatées ou une ambiance tendue l'ont mis à rude épreuve chez beaucoup de personnes que je reçois.
Les signes qu'il vous manque
- Vous ne parlez à vos collègues que pour des questions pratiques.
- Vous n'avez personne à qui dire « je n'y arrive pas ».
- Vos réussites passent inaperçues, personne ne les remarque ni ne les partage.
Sur ce dernier point, l'INRS cite aussi le manque de reconnaissance parmi les facteurs de risques. J'en parle plus longuement dans mon article sur le manque de considération.
Ce qui aide
Recréer du lien ne demande pas un séminaire. Un café proposé à un collègue, une question posée à quelqu'un dont vous admirez le travail, un retour positif que vous faites vous-même à un pair. Le lien se construit dans les deux sens, et c'est souvent en reconnaissant le travail des autres qu'on recommence à être vu.
Le sens : savoir à quoi l'on sert
Le quatrième ressort ne fait pas partie des trois besoins de Ryan et Deci, mais je le retrouve dans presque toutes les séances de coaching sur la motivation. C'est la question « à quoi ça sert ? ». Quand on ne voit plus l'utilité de ce qu'on fait, ou quand on doit faire des choses contraires à ses valeurs, l'envie s'en va très vite.
L'INRS décrit ces situations sous le nom de conflits de valeurs : faire un travail que l'on juge inutile, devoir défendre une méthode qu'on sait inefficace, ne pas pouvoir faire un travail de qualité dont on serait fier.
Ce qui aide
Commencez par écrire, en une phrase, à qui sert votre travail. Pas l'entreprise en général : une personne concrète, un client, un collègue, un usager. Puis listez ce qui, dans votre semaine, vous en rapproche et ce qui vous en éloigne. Parfois, le sens est toujours là, simplement noyé sous les tâches administratives. Parfois, il a vraiment disparu, et la question devient celle d'un changement plus profond, de poste ou de métier.
Faire le point en quatre questions
Voici un petit bilan que j'utilise souvent en début d'accompagnement. Prenez une feuille, et pour chaque question, donnez-vous une note de 0 à 10.
- Ai-je une marge de choix dans la façon dont je fais mon travail ?
- Est-ce que je me sens capable, et est-ce que j'apprends encore ?
- Ai-je au moins une personne au travail avec qui je peux parler franchement ?
- Est-ce que je sais à qui sert ce que je fais, et est-ce que ça me paraît juste ?
Regardez la note la plus basse. C'est rarement là où vous pensiez. Une personne qui croyait manquer de sens découvre qu'elle manque surtout de lien, depuis qu'elle travaille seule chez elle. Une autre qui se pensait démotivée réalise qu'elle n'a plus aucune autonomie depuis l'arrivée d'un nouveau manager.
Choisissez ensuite une seule action, petite, pour faire monter cette note d'un point dans le mois qui vient. Pas quatre chantiers à la fois : un seul.
Un exercice pour remettre le corps en mouvement
La motivation n'est pas que dans la tête. Quand l'envie manque, le corps est souvent tassé, la respiration courte. Le matin, avant d'ouvrir votre ordinateur, levez-vous, pieds écartés à largeur de hanches. Inspirez en levant lentement les bras au-dessus de la tête, retenez deux secondes, puis expirez en les laissant redescendre. Trois fois. Ensuite, pensez à la première tâche de la journée et imaginez-vous la terminer : où vous serez, ce que vous ressentirez. C'est un exercice de sophrologie très court, qui aide à passer de l'intention à l'action.
Quand le manque de motivation cache autre chose
Une baisse de motivation passagère fait partie de la vie. Mais parfois, ce n'est plus de la motivation qu'il s'agit.
Si l'envie a disparu dans tous les domaines, pas seulement au travail, si vous n'avez plus de plaisir à ce que vous aimiez, si vous dormez mal, si vous êtes épuisé dès le matin, prenez-le au sérieux. L'Organisation mondiale de la santé rappelle que l'épisode dépressif se distingue des variations ordinaires de l'humeur : une humeur triste ou une perte d'intérêt présente la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines, souvent avec de la fatigue, des troubles du sommeil et des difficultés de concentration. Dans ce cas, c'est votre médecin qu'il faut voir en premier.
De la même façon, une perte d'envie après des mois de surinvestissement peut être un signe d'épuisement professionnel. J'en décris les signaux dans mon article sur les signes du burn-out, et ce qui peut se passer dans l'organisation du travail dans celui sur la souffrance au travail. Le coaching ne remplace pas un avis médical : il vient après, ou à côté, jamais à la place.
Retrouver l'envie avec un accompagnement
Quand il s'agit vraiment de motivation, avancer à deux aide souvent à voir plus clair. En coaching de vie, on part de votre bilan, on identifie le ressort qui manque, et on construit des actions concrètes entre les séances. Si votre corps est tendu ou votre sommeil abîmé, j'y associe des exercices de sophrologie.
Je reçois au cabinet, rue Ducau, pour un coaching de vie à Bordeaux, ou à distance avec le coaching de vie en ligne. Si vous vous demandez comment se passe un accompagnement de ce type, j'explique ce que fait un coach de vie et vous trouverez mon parcours sur la page à propos.
Questions fréquentes
Quels sont les ressorts de la motivation au travail ?
La théorie de l'autodétermination en décrit trois : l'autonomie (avoir prise sur ce que l'on fait), la compétence (se sentir capable et progresser) et le lien aux autres (ne pas être seul). J'y ajoute le sens, c'est-à-dire savoir à quoi sert son travail. Quand l'un de ces quatre ressorts manque durablement, l'envie baisse, même chez des personnes très investies.
Comment se motiver quand on n'a plus envie de rien ?
D'abord, vérifiez que ce n'est pas autre chose qu'un manque de motivation. Si depuis plus de deux semaines vous n'avez plus de plaisir à rien, que vous dormez mal et que tout vous coûte, parlez-en à votre médecin. Sinon, commencez petit : une seule action de dix minutes, choisie par vous, faite le matin. L'envie revient souvent après l'action, pas avant.
La pyramide de Maslow explique-t-elle la motivation ?
La pyramide de Maslow est le modèle le plus connu, et elle a le mérite de rappeler qu'on ne pense pas à se réaliser quand on craint pour son emploi. En séance, je m'appuie plutôt sur la théorie de l'autodétermination, plus récente, parce que ses trois besoins se repèrent très concrètement dans le quotidien de travail des personnes que j'accompagne.
Une prime suffit-elle à motiver ?
Une prime peut aider à produire plus, surtout sur des tâches répétitives. Mais elle agit peu sur la qualité et sur l'envie de bien faire, qui dépendent davantage de l'intérêt pour le travail lui-même. Les deux ne s'opposent pas : la reconnaissance financière compte, elle ne remplace simplement pas le reste.
Sources
- Ryan RM et al., Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development, and well-being, Am Psychol, 2000
- Cerasoli CP et al., Intrinsic motivation and extrinsic incentives jointly predict performance: a 40-year meta-analysis, Psychol Bull, 2014
- INRS, Risques psychosociaux : facteurs de risques
- Organisation mondiale de la santé, Principaux repères sur la dépression
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