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Feedback constructif : recevoir une critique sans s'effondrer ni se braquer

Par Véronique Bergeot ·

Deux collègues en tête-à-tête à une table près d'une fenêtre, l'une écoute avec attention en prenant des notes, l'autre parle avec bienveillance

Le feedback constructif, tout le monde dit qu'il faut l'accueillir comme un cadeau. Dans la vraie vie, c'est rarement comme ça qu'on le vit. Une remarque d'un collègue, d'un manager, d'un conjoint, et la gorge se serre, les joues chauffent, on se défend trop vite ou on se tait en encaissant. Puis on y repense le soir, et le lendemain encore.

Je suis sophrologue et coach à Bordeaux, et avant ça j'ai travaillé des années en start-up. En séance, je vois souvent des personnes très compétentes qui vivent chaque remarque comme un verdict sur leur valeur. Ce n'est pas un manque de maturité. C'est un réflexe, et il se travaille. Voici une méthode simple pour recevoir une critique, en tirer ce qui est utile, et en donner soi-même de façon plus juste.

Pourquoi une critique touche autant

Une critique porte sur ce que l'on fait. Mais très vite, on l'entend comme un jugement sur ce que l'on est. « Ton rapport manque de clarté » devient « je ne suis pas à la hauteur ». C'est ce glissement qui fait mal, bien plus que la remarque elle-même.

Le corps réagit avant la tête. Le cœur accélère, le souffle se raccourcit, on se prépare à se défendre. Dans cet état, on n'écoute plus vraiment : on cherche à se protéger. C'est pour ça que les réponses à chaud sont si souvent regrettées.

Et certains terrains rendent plus sensible. La fatigue, le stress qui dure, le sentiment de ne jamais être reconnu. Quand on manque de considération depuis longtemps, une petite remarque tombe sur un endroit déjà douloureux. J'en parle dans mon article sur le manque de considération.

Dans les premières minutes : passer par le corps

La première chose à faire face à une critique, ce n'est pas d'y réfléchir. C'est de laisser redescendre la vague.

Respirer avant de répondre

Pendant que l'autre parle, allongez discrètement votre expiration : inspirez par le nez sur quatre temps, expirez lentement par le nez sur six. Personne ne le remarque, et ça change beaucoup. Une revue de quinze études menée à l'université de Pise montre que respirer lentement, à moins de dix respirations par minute, s'accompagne de plus de détente et de moins de colère et d'anxiété chez des personnes en bonne santé. C'est exactement ce dont on a besoin à ce moment-là.

Ne pas répondre tout de suite

Vous avez le droit de prendre du temps. « Merci, je vais y réfléchir » ou « Je préfère qu'on en reparle demain, à tête reposée » sont des réponses parfaitement professionnelles. Elles vous évitent de vous justifier sous le coup de l'émotion, et elles montrent à l'autre que vous l'avez entendu.

Nommer ce que vous ressentez

Ensuite, seul, mettez un mot précis sur ce qui se passe en vous. Vexé, humilié, injustement jugé, inquiet, en colère. Ce n'est pas un exercice de style. Une étude en imagerie cérébrale de l'université de Californie a montré que mettre des mots sur une émotion, face à des images négatives, diminue l'activité de l'amygdale, une zone très impliquée dans les réactions de peur. Nommer calme un peu. Ruminer entretient.

Trier ce qui est utile

Une fois l'émotion redescendue, souvent le soir ou le lendemain, vient le moment du tri. Accepter une critique ne veut pas dire tout prendre. Prenez une feuille et faites trois colonnes.

Ce qui est vrai

Y a-t-il, dans ce qui a été dit, une part de vrai, même petite, même mal formulée ? Souvent oui. Le rapport était peut-être trop long. Vous avez peut-être coupé la parole. Notez-le sans vous accabler.

Ce qui vous est utile

Parmi ce qui est vrai, qu'est-ce qui vous aide à avancer vers ce que vous voulez ? Tout ce qui est vrai n'est pas forcément prioritaire. Choisissez une seule chose à travailler, pas cinq.

Ce qui appartient à l'autre

Le ton, l'agressivité, le moment mal choisi, les généralisations, les attaques sur votre personne : ça, ce n'est pas un retour sur votre travail. Ça parle surtout de l'autre, de son stress, de sa façon de communiquer. Vous pouvez le laisser de côté, ou le signaler calmement si ça se répète.

Et si la critique est injuste ?

Ça arrive. Une remarque peut être fausse, partiale ou dictée par autre chose que votre travail. Dans ce cas, vous n'avez pas à l'accepter, mais vous gagnez toujours à répondre à froid plutôt qu'à chaud. Revenez vers la personne avec des faits : « J'ai repensé à ta remarque sur le retard du dossier. Les éléments sont arrivés le 12, et je l'ai rendu le 14. Est-ce qu'on peut regarder ensemble où ça a coincé ? » Vous ne vous justifiez pas, vous rétablissez les faits et vous ouvrez la discussion.

Et si les remarques injustes se répètent au point de vous abîmer, parlez-en à quelqu'un de confiance, et au travail aux personnes dont c'est le rôle.

Demander de meilleurs retours

Les meilleurs feedbacks sont souvent ceux qu'on va chercher. Et la façon de demander change tout.

« Qu'est-ce que tu en as pensé ? » appelle une réponse polie et vague. « Qu'est-ce que je pourrais améliorer dans ma façon de présenter les chiffres ? » appelle une réponse précise et utile. Plus votre question est ciblée, plus la réponse vous servira.

Choisissez aussi à qui vous demandez. Des personnes qui connaissent votre travail, qui vous veulent du bien, et qui ont assez de recul pour être honnêtes. Une ou deux suffisent. Et remerciez-les, même si ce qu'elles disent pique un peu : c'est ce qui leur donnera envie de recommencer.

Être moins dur avec soi pour mieux progresser

On croit souvent qu'il faut être sévère avec soi-même pour s'améliorer. La recherche dit plutôt l'inverse.

Dans une série de quatre expériences, des chercheuses de l'université de Californie à Berkeley ont demandé à des participants de repenser à une faiblesse ou à un échec. Ceux qu'on invitait à se montrer bienveillants envers eux-mêmes étaient plus motivés à progresser, et passaient plus de temps à réviser un test difficile après un premier échec, que ceux d'un groupe centré sur l'estime de soi ou d'un groupe sans consigne. Se parler avec douceur ne rend pas complaisant. Ça rend capable de regarder ses erreurs en face.

Un exercice pour le soir

Quand une critique vous trotte dans la tête, posez-vous cette question : « Qu'est-ce que je dirais à une amie qui me raconte exactement la même chose ? » Écrivez la réponse, puis relisez-la comme si elle vous était adressée. La plupart des personnes que j'accompagne découvrent qu'elles sont beaucoup plus justes avec les autres qu'avec elles-mêmes.

Donner soi-même un feedback constructif

Savoir recevoir aide à savoir donner, et l'inverse est vrai aussi. Voici la trame que je propose souvent en coaching :

  1. Un fait précis et observable : « Pendant la réunion de ce matin, la partie budget est arrivée en dernier. »
  2. L'effet que ça a eu : « Le client avait déjà décroché et n'a pas posé de questions. »
  3. Une piste concrète : « La prochaine fois, on pourrait commencer par là. Qu'est-ce que tu en penses ? »

Parlez du travail, pas de la personne. Évitez « toujours » et « jamais ». Choisissez un moment calme, en tête-à-tête plutôt que devant les autres. Et terminez par une question, pour que ce soit un échange et pas une sentence.

Quand la susceptibilité pèse trop

Si chaque remarque vous fait perdre le sommeil, si vous évitez de prendre la parole par peur d'être jugé, ou si vous vous sentez sans cesse illégitime, ça vaut la peine de vous faire accompagner. Ce sentiment de ne pas être à sa place, je l'aborde aussi dans mon article sur le fait de ne pas se sentir légitime.

Si vous vous sentez à bout depuis plusieurs semaines, que vous dormez mal ou ne prenez plus de plaisir à rien, parlez-en d'abord à votre médecin. L'OMS rappelle qu'il faut consulter un professionnel de santé quand on n'arrive plus à faire face au stress. La sophrologie et le coaching ne remplacent pas un avis médical.

Quand il s'agit surtout de reprendre confiance, deux approches se complètent. Le coaching aide à prendre du recul sur les retours, à poser vos limites et à oser demander ce dont vous avez besoin ; si vous vous demandez comment ça se passe, j'ai expliqué ce qu'est un coach de vie. La sophrologie travaille sur la réaction du corps, celle qui arrive avant la pensée ; vous trouverez d'autres repères pour gérer son stress et ses émotions et des exercices à faire chez soi.

Je reçois au cabinet pour le coaching de vie à Bordeaux, rue Ducau, et je propose aussi le coaching en ligne. En attendant, la prochaine fois qu'une remarque vous pique, essayez simplement de respirer lentement avant de répondre. C'est le premier pas, et il ne coûte rien.

Questions fréquentes

Comment accepter les critiques ?

En séparant trois temps. D'abord le corps : respirez lentement avant de répondre, pour ne pas réagir sous le coup de l'émotion. Ensuite les mots : nommez ce que vous ressentez, vexé, blessé, injustement jugé. Enfin le tri, plus tard, à froid : qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui vous est utile, qu'est-ce qui appartient à l'autre ? Accepter une critique ne veut pas dire tout prendre.

Comment faire un feedback constructif ?

Parlez d'un fait précis plutôt que de la personne, dites l'effet que ça a eu, et proposez une piste concrète. Par exemple « Dans ta présentation, la partie budget est arrivée à la fin et le client a décroché ; la prochaine fois, on pourrait la mettre en premier ». Choisissez un moment calme, en tête-à-tête, et laissez l'autre répondre.

Pourquoi je suis si susceptible ?

Souvent parce qu'une critique sur ce qu'on fait est vécue comme un jugement sur ce qu'on est. La fatigue, le stress et un manque de considération accumulé rendent aussi plus sensible. Ce n'est pas un défaut de caractère, c'est un réflexe, et un réflexe se travaille, en commençant par le corps et par la façon dont on se parle à soi-même.

Faut-il demander du feedback quand on n'en reçoit pas ?

Oui, et de façon précise. « Qu'est-ce que tu en as pensé ? » appelle une réponse polie. « Qu'est-ce que je pourrais améliorer dans ma façon d'animer la réunion ? » appelle une réponse utile. Choisissez des personnes qui connaissent votre travail et vous veulent du bien, et remerciez-les, même si ce qu'elles disent pique un peu.

Sources

  1. Zaccaro A et al., How Breath-Control Can Change Your Life: A Systematic Review on Psycho-Physiological Correlates of Slow Breathing, Front Hum Neurosci, 2018
  2. Lieberman MD et al., Putting feelings into words: affect labeling disrupts amygdala activity in response to affective stimuli, Psychol Sci, 2007
  3. Breines JG et al., Self-compassion increases self-improvement motivation, Pers Soc Psychol Bull, 2012
  4. Organisation mondiale de la santé, Questions-réponses : stress

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