Symptômes du burn-out : les reconnaître avant que le corps lâche
Par Véronique Bergeot ·

Je connais les symptômes du burn-out de l'intérieur. Avant de devenir sophrologue, j'ai passé des années dans des start-up, avec un métier qui me passionnait et une fatigue que je trouvais normale. Jusqu'au jour où ça ne l'était plus. J'ai fait un burn-out, et c'est en me relevant que j'ai découvert la sophrologie.
Si vous lisez cette page, vous vous posez peut-être la question pour vous ou pour un proche. Vous êtes épuisé depuis des mois, vous dormez mal, tout vous agace, et vous vous demandez si vous êtes « juste fatigué ». Je ne vais pas vous dire si c'est un burn-out : ça, c'est le rôle d'un médecin. Je vais vous aider à reconnaître les signes, à comprendre comment ils s'installent, et à savoir quoi faire maintenant.
Le burn-out, ce que c'est vraiment
Le mot est partout, et on finit par l'utiliser pour une grosse semaine. Le burn-out, c'est autre chose. L'OMS le décrit comme un syndrome dû à un stress chronique au travail qui n'a pas pu être géré. Elle le classe comme un phénomène lié au travail, pas comme une maladie, et le caractérise par trois dimensions :
- un épuisement, la sensation d'être vidé de son énergie ;
- une distance qui se creuse avec son travail, avec du cynisme ou un rejet de ce qu'on faisait avant avec envie ;
- une efficacité professionnelle qui baisse.
L'INRS, l'institut de référence en santé au travail, insiste sur un point qui m'a beaucoup parlé : le burn-out touche souvent les personnes très engagées. Il apparaît quand l'écart devient trop grand entre l'idée qu'on se fait de son métier et la réalité du travail. On s'épuise justement parce qu'on tient à bien faire.
Les facteurs de risque relevés par l'INRS sont surtout liés à l'organisation : surcharge et pression du temps, peu de prise sur son propre travail, manque de soutien, sentiment d'injustice, insécurité. Ce n'est donc pas une question de faiblesse personnelle. Je le répète souvent en séance, parce que la culpabilité fait partie du tableau.
Les symptômes du burn-out, du corps au comportement
L'Assurance maladie, sur sa page consacrée à la fatigue, décrit les manifestations du burn-out : elles s'installent progressivement, et la fatigue s'y accompagne de signes émotionnels, cognitifs, physiques et de comportement. L'INRS en dresse une liste très proche. Ce que je vous invite à garder en tête, c'est le changement : peu à peu, vous n'êtes plus tout à fait vous-même.
Dans le corps
La fatigue d'abord, celle qui ne passe plus avec un week-end. Puis le sommeil qui se dérègle, les maux de tête, les douleurs de dos ou de nuque, les tensions musculaires, les crampes, les vertiges, l'appétit qui disparaît, les troubles digestifs. Une revue de 36 études prospectives menée au Brésil a d'ailleurs montré que le burn-out prédit l'apparition de douleurs musculo-squelettiques, de maux de tête, de soucis digestifs et d'une fatigue prolongée, mais aussi de problèmes cardiovasculaires. Le corps paie l'addition.
Dans les émotions
Irritabilité, hypersensibilité, tristesse, manque d'entrain, anxiété. Et parfois l'inverse : plus aucune émotion, une sorte de vide. L'INRS cite aussi le sentiment d'impuissance, la perte de confiance en soi, le pessimisme.
Dans la tête
Des oublis, du mal à se concentrer, à prendre une décision simple, à enchaîner des tâches qu'on faisait avant sans y penser. On relit trois fois le même mail. On fait des erreurs qui ne nous ressemblent pas.
Dans le comportement
On se replie, on s'isole, on devient plus agressif ou plus cynique, on a moins d'empathie pour les collègues ou les clients. On se met à douter de ses compétences. Et les comportements addictifs arrivent : un verre de plus le soir, des médicaments pour dormir, le téléphone jusqu'à une heure du matin.
Aucun de ces signes, pris seul, ne veut dire burn-out. L'INRS précise que ces manifestations sont peu spécifiques. C'est leur accumulation, leur durée et le lien avec le travail qui comptent.
Comment il s'installe sans qu'on le voie
On imagine le burn-out comme un effondrement brutal. En réalité, l'effondrement arrive à la fin. Avant, il y a des mois où l'on compense : on travaille plus tard, on raye le sport, on annule les amis, on se dit que ça ira mieux après ce dossier.
Avec le recul, les signes étaient là chez moi depuis longtemps. Je les voyais, et je ne voulais pas les regarder. Je pensais que la fatigue était le prix normal d'un travail qui me passionnait. C'est un piège très courant. On n'est pas aveugle, on est occupé à tenir.
Ce que j'observe souvent chez les personnes qui viennent me voir, c'est cette phrase : « Je pensais que ça allait passer. » Le burn-out ne passe pas en serrant les dents. Plus on tient, plus le corps finit par décider à notre place.
Les petits signaux à ne pas balayer
Ce sont ceux que l'on remarque en premier, et que l'on balaie le plus facilement :
- le dimanche soir qui devient une angoisse ;
- les vacances qui ne suffisent plus à récupérer ;
- l'impression de courir toute la journée sans rien finir ;
- les proches qui vous disent que vous avez changé ;
- le plaisir qui disparaît, même pour ce que vous aimiez.
Burn-out, dépression, simple fatigue : pourquoi le médecin doit trancher
Beaucoup de personnes cherchent un test en ligne pour savoir où elles en sont. Je comprends ce réflexe, mais il rassure ou inquiète à tort. Un questionnaire peut vous aider à mettre des mots sur ce que vous vivez, mais il ne dit pas d'où vient votre épuisement.
La raison est simple. Les mêmes signes peuvent venir d'une dépression, d'un trouble anxieux, d'un trouble de l'adaptation, ou d'une cause physique. L'Assurance maladie cite par exemple l'anémie ou l'hypothyroïdie parmi les causes possibles d'une fatigue qui dure. Et l'INRS rappelle que le burn-out lui-même peut évoluer vers une dépression ou de l'anxiété.
Faire la différence, c'est le travail du médecin. Le mien, comme sophrologue, n'est pas de dire ce que vous avez. Je préfère vous le dire clairement : la sophrologie ne remplace pas un avis médical.
Ce que vous pouvez faire dès cette semaine
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, quelques gestes simples peuvent vous aider à y voir plus clair, en attendant votre rendez-vous médical. Ils ne règlent pas un burn-out, ils vous aident à regarder la situation en face.
Faire le point par écrit
Prenez dix minutes et notez, sans vous censurer :
- Depuis quand vous sentez-vous ainsi ?
- Quels signes, parmi ceux de cette page, reconnaissez-vous ?
- Qu'est-ce qui a changé dans votre travail ou votre vie ces derniers mois ?
- Qu'avez-vous arrêté de faire qui vous faisait du bien ?
Emportez cette feuille chez votre médecin. Quand on est épuisé, on minimise tout une fois assis dans le cabinet.
Respirer pour faire redescendre la pression
Un exercice que je donne souvent : inspirez par le nez en comptant jusqu'à quatre, expirez doucement par la bouche en comptant jusqu'à six ou huit, pendant deux à trois minutes. Faites-le le matin avant d'ouvrir vos mails et le soir au coucher. Allonger l'expiration aide le corps à sortir un moment de l'état d'alerte. Si cet exercice vous convient, la cohérence cardiaque en est une version plus structurée, et j'ai réuni d'autres repères pour gérer son stress et ses émotions.
Protéger le sommeil
C'est souvent ce qui lâche en premier, et ce qui rend tout le reste plus lourd. Des horaires réguliers, pas de mails après une certaine heure, un moment calme avant de dormir : je détaille tout ça dans mes conseils pour mieux dormir.
En parler
À un proche, à un collègue de confiance. Le burn-out isole, et dire « je ne vais pas bien » est déjà un premier pas pour sortir de l'isolement.
Quand consulter, et comment je peux vous accompagner
Consultez votre médecin traitant si vous vous reconnaissez dans plusieurs signes de cette page depuis quelques semaines, si vous n'arrivez plus à récupérer, ou si votre consommation d'alcool ou de médicaments augmente. Si vous êtes salarié, vous pouvez aussi demander à voir le médecin du travail. Et si votre médecin vous prescrit un arrêt de travail, il n'a rien d'un échec.
Si vous avez des idées noires ou des pensées suicidaires, n'attendez pas : appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable jour et nuit, ou le 15 en cas d'urgence.
Ce que je propose vient ensuite, ou en parallèle, en complément du suivi médical. La sophrologie aide à retrouver un sommeil plus calme, à relâcher les tensions, à reconnaître ses limites avant de les franchir. En séance, on avance à votre rythme, sans objectif de performance, ce qui est souvent nouveau pour les personnes qui sortent d'un burn-out. Si votre épuisement est lié à une situation difficile au travail, mon article sur la souffrance au travail peut aussi vous aider.
Je reçois au cabinet comme sophrologue à Bordeaux, rue Ducau, et je propose la sophrologie en ligne quand se déplacer est trop lourd. Mon parcours, burn-out compris, est raconté sur la page à propos. Et si vous voulez savoir comment se passe un accompagnement, vous trouverez tout sur la page sophrologie pour adultes.
Questions fréquentes
Comment savoir si on est en burn-out ?
Vous ne pouvez pas le savoir seul, et c'est normal. Ce qui doit vous alerter, c'est une fatigue qui ne passe plus avec le repos, associée à un détachement vis-à-vis de votre travail et au sentiment de ne plus y arriver, le tout installé depuis des semaines. Si vous vous reconnaissez, prenez rendez-vous avec votre médecin traitant ou votre médecin du travail : ce sont eux qui peuvent dire ce qu'il en est.
Comment commence un burn-out ?
En général, très discrètement. L'Assurance maladie parle de manifestations qui s'installent progressivement. On compense d'abord en travaillant plus, on dort moins bien, on s'agace plus vite, on renonce à ce qui faisait du bien. Dans mon cas, les signes étaient là depuis longtemps ; c'est mon regard sur eux qui manquait.
Le burn-out est-il une maladie ?
Pas au sens des classifications médicales. L'OMS le décrit comme un phénomène lié au travail, et l'INRS comme un ensemble de réactions à un stress professionnel chronique. Cela ne veut pas dire que c'est léger. Il peut s'accompagner d'une dépression ou d'un trouble anxieux, et il demande un vrai suivi médical, souvent avec un arrêt de travail.
La sophrologie peut-elle aider après un burn-out ?
Elle peut accompagner la récupération, en complément du suivi médical et jamais à sa place. En séance, on travaille sur le sommeil, la respiration, la façon de repérer ses limites avant de les dépasser. C'est d'ailleurs en me relevant de mon propre burn-out que j'ai découvert la sophrologie. La sophrologie ne remplace pas un avis médical.
Sources
- World Health Organization, Burn-out an "occupational phenomenon": International Classification of Diseases
- INRS, Épuisement professionnel ou burnout
- Assurance maladie (ameli.fr), Asthénie (fatigue) : définition, symptômes et causes
- Salvagioni DAJ et al., Physical, psychological and occupational consequences of job burnout: A systematic review of prospective studies, PLoS One, 2017
- 3114, Numéro national de prévention du suicide
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