Acrophobie : comprendre la peur du vide et reprendre pied
Par Véronique Bergeot ·

Vous montez trois marches d'un escabeau et vos jambes se mettent à trembler. Sur un balcon au cinquième étage, vous restez collé au mur. En randonnée, un passage un peu aérien vous bloque net, alors que vos amis passent sans y penser. Ce que vous vivez porte un nom : l'acrophobie, la peur du vide.
Je suis sophrologue, hypnothérapeute et coach à Bordeaux. Les personnes qui m'en parlent ont souvent un peu honte, comme si elles manquaient de courage. Ce n'est pas une question de courage. C'est un corps qui sonne l'alarme trop fort, et ça se travaille.
Vous trouverez ici ce qu'est l'acrophobie, comment la distinguer du vertige, pourquoi le corps se fige, des gestes à utiliser sur place, ce que montre la recherche sur ce qui aide, et quand voir un médecin.
Acrophobie : la définition de la peur du vide
Le mot vient du grec akron, le sommet. Le Manuel MSD, une référence médicale, range la peur des hauteurs parmi les phobies spécifiques les plus courantes. Il les décrit comme une peur hors de proportion avec le danger réel, présente depuis au moins six mois, qui pousse à éviter et qui gêne la vie sociale ou professionnelle. Dire si vous êtes concerné au sens médical, c'est le rôle d'un médecin, pas le mien.
Une peur très répandue
Une revue de l'université de Munich distingue trois niveaux. Il y a d'abord le léger déséquilibre que tout le monde ressent en hauteur. Vient ensuite un malaise plus marqué, que les chercheurs appellent intolérance aux hauteurs. L'acrophobie est au bout de cette échelle, quand la peur devient envahissante.
Selon cette revue de Munich, le malaise concerne 28 % des adultes au cours de leur vie, un peu plus les femmes (32 %) que les hommes (25 %). L'acrophobie au sens strict toucherait entre 3 et 6,4 % des personnes, selon les études reprises par ces chercheurs. Vous êtes donc loin d'être seul.
Ce que l'on ressent
Les sensations décrites par le NHS, le service de santé britannique, sont celles de la peur intense : la tête qui tourne, le cœur qui s'emballe, la poitrine serrée, les tremblements, et cette idée qu'on va s'évanouir ou perdre le contrôle. Beaucoup de personnes ajoutent les jambes en coton et l'envie irrésistible de se mettre à genoux ou de s'accrocher à quelque chose.
Vertige ou peur du vide, comment faire la différence
Dans la vie courante, on dit « j'ai le vertige » pour parler de la peur du vide. Les deux mots désignent pourtant deux choses différentes.
Le vertige au sens médical est une sensation que tout tourne ou que le sol bouge. Il peut survenir n'importe où, en se levant du lit, en tournant la tête, sans aucune hauteur en vue. Il a souvent une cause physique, en particulier dans l'oreille interne, et c'est à un médecin de la chercher.
La peur du vide, elle, est liée à la situation. Elle monte quand vous approchez d'un bord, d'une fenêtre ouverte, d'une échelle, et elle redescend quand vous revenez sur un sol stable. Les chercheurs de Munich notent d'ailleurs qu'elle est plus fréquente chez les personnes qui ont déjà des soucis d'équilibre liés à l'oreille interne, ou certaines migraines : les deux peuvent se mêler.
Un repère simple : si vous avez des vertiges au sol, allez voir votre médecin avant toute autre démarche.
Pourquoi le corps se fige en hauteur
La revue de Munich décrit précisément ce qui se passe. Face au vide, la peur fait contracter en même temps les muscles qui nous tiennent debout. Tout le corps se raidit, y compris les yeux : le regard se bloque sur l'horizon, la marche devient lente, à petits pas. Les auteurs comparent cette réaction à un très vieux réflexe, celui de faire le mort.
Le problème, c'est qu'un corps raide tient moins bien en équilibre. Vous vous sentez instable, ce qui confirme à votre cerveau que la situation est dangereuse, et la peur monte encore. C'est une boucle, et elle n'a rien à voir avec un manque de volonté.
D'où vient cette peur ?
Le NHS rappelle que les phobies naissent souvent d'une expérience effrayante, ou s'apprennent en voyant la peur d'un proche. Pour la hauteur, ce peut être une chute, une frayeur sur un manège, un parent qui criait « attention ! » à chaque muret.
Une étude menée sur un échantillon représentatif de la population allemande a suivi 574 personnes mal à l'aise en hauteur, dont 128 avaient une acrophobie. Chez ces dernières, le début de la peur était plus souvent lié à un événement traumatisant, et la peur s'étendait plus facilement à d'autres hauteurs. Souvent, pourtant, on ne se souvient de rien de précis. Pas besoin de retrouver la cause pour avancer.
Chez l'enfant et chez l'adulte
Chez l'enfant, la peur de la hauteur est fréquente : les chercheurs de Munich l'observent chez 34 % des enfants de 8 à 10 ans. Bonne nouvelle, elle disparaît le plus souvent d'elle-même en quelques années.
Chez l'adulte, c'est l'inverse. Dans l'étude allemande, deux tiers des personnes voyaient leur malaise rester stable ou s'aggraver, et très peu cherchaient de l'aide. La peur s'installe d'autant plus qu'on évite les situations qui la déclenchent.
Ce qu'on fait sur place quand la peur monte
Les chercheurs de Munich ont rassemblé des conseils très concrets pour les moments en hauteur. Je les associe à ce que je travaille en séance, parce que le corps et la respiration sont au cœur de la sophrologie. Ces gestes ne font pas disparaître la phobie. Ils vous aident à traverser un moment sans paniquer.
1. Choisir où poser le regard
Fixez l'horizon, ou un repère proche et immobile : une rambarde, un rocher, le mur à côté de vous. Évitez de suivre les nuages qui bougent ou les voitures en contrebas, qui donnent une fausse impression de mouvement. Si vous regardez vers le bas, gardez un objet fixe dans le coin de l'œil.
2. Abaisser votre centre de gravité
Asseyez-vous, ou appuyez-vous contre un mur, tenez-vous à une rampe. D'après la revue de Munich, les sensations sont les plus fortes debout et les plus faibles allongé. S'asseoir sur une marche n'a rien de ridicule : c'est exactement ce que le corps réclame.
3. S'arrêter de marcher
La peur augmente quand on marche en hauteur. Faites une pause, les deux pieds bien posés. Sentez le contact des semelles avec le sol, le poids du corps qui descend dans les jambes.
4. Allonger l'expiration
Inspirez par le nez en comptant jusqu'à quatre, expirez par la bouche en comptant jusqu'à six. Pendant l'expiration, relâchez les épaules et la mâchoire. Le NHS cite la respiration parmi les choses à faire soi-même face à une phobie. Si vous aimez un cadre précis, la cohérence cardiaque suit le même principe.
5. Occuper la tête
Donnez à votre cerveau une petite tâche : citer des noms de fruits, des villes qui commencent par B, des prénoms de votre famille. Les chercheurs de Munich ont montré qu'une tâche mentale de ce genre réduit l'angoisse et améliore l'équilibre. Ça paraît trop simple. Essayez quand même.
Un dernier conseil, le plus difficile : ne fuyez pas systématiquement. Chaque fois qu'on évite, la peur gagne du terrain.
Ce qui aide durablement, d'après la recherche
L'approche la plus étudiée est l'exposition progressive. Le Manuel MSD en explique le principe : on dresse une liste de situations, de la moins effrayante à la plus difficile, et on les affronte une à une, avec des techniques de relaxation et de respiration. Pour la hauteur, cela peut commencer par regarder des photos prises d'un sommet, puis monter au premier étage d'un immeuble et regarder par la fenêtre.
La réalité virtuelle
Un essai mené par l'université d'Oxford a réparti 100 adultes ayant peur des hauteurs en deux groupes. La moitié a suivi environ six séances de 30 minutes en réalité virtuelle, guidées par un coach animé, sur deux semaines. La peur a fortement diminué dans ce groupe, et la baisse tenait encore quatre semaines plus tard. L'étude a été financée en partie par l'entreprise qui développe ce programme, ce qui invite à la prudence.
Des résultats qui demandent de la patience
Une analyse de 17 essais regroupant 946 personnes confirme que la réalité virtuelle guidée et l'exposition réelle font mieux que l'absence d'accompagnement. Les auteurs reconnaissent toutefois que les preuves restent limitées.
Une autre revue de 16 études apporte une nuance importante : l'exposition et la désensibilisation aident bien à court terme, mais l'effet durable de l'exposition réelle n'est pas démontré. Je le dis parce que c'est honnête. Faire reculer une peur, c'est souvent un travail qui se poursuit, avec des rappels, pas un déclic unique.
Ce que la sophrologie et l'hypnose peuvent apporter
Il n'existe pas d'étude solide sur la sophrologie face à l'acrophobie. Ce que je propose s'appuie sur ce qui aide face à la peur en général. Le Manuel MSD cite d'ailleurs la relaxation, la respiration et l'hypnose parmi les outils qui accompagnent l'exposition.
En sophrologie, on apprend à repérer la tension dès qu'elle commence, dans les mollets, les épaules, le ventre, et à la relâcher. On prépare aussi les situations redoutées en les visualisant au calme : la terrasse du restaurant, le télésiège, le chemin de crête. Le corps répète la scène détendu avant de la vivre pour de vrai.
Et l'hypnose ?
Avec l'hypnose, telle que je la pratique, on approche la hauteur en imagination, dans un état de détente profonde. Le Manuel MSD décrit cette démarche : se sentir calme en visualisant un endroit confortable, puis changer peu à peu sa façon de voir la situation redoutée. Ensuite, on passe aux petites expositions réelles, à votre rythme.
Comment je travaille
Au cabinet, on part de votre liste à vous : ce que vous évitez, ce qui vous manque le plus. Retourner en montagne, monter sur une échelle pour changer une ampoule, profiter d'un balcon en vacances. On avance par petites marches, sans jamais forcer. Si la peur vous rappelle d'autres phobies, comme la peur de vomir, la démarche est proche.
Quand consulter et comment commencer
La sophrologie et l'hypnose ne remplacent pas un avis médical. Voyez votre médecin si :
- vous avez des vertiges ou des pertes d'équilibre même au sol, ou si vous êtes tombé ;
- la peur vous empêche de travailler, de vous déplacer ou de partir en vacances ;
- vous avez des crises de panique fréquentes, ou vous vous sentez déprimé depuis plusieurs semaines.
Le NHS conseille de consulter dès qu'une phobie affecte votre vie. Votre médecin pourra chercher une cause physique et vous orienter vers un professionnel formé à l'exposition progressive. Je travaille en complément, jamais à la place.
Pour commencer dès aujourd'hui, entraînez-vous à l'expiration longue au calme, trois minutes par jour, avant d'en avoir besoin en hauteur. Pour être accompagné, vous pouvez réserver une séance de sophrologie, en visio ou au cabinet, ou une séance d'hypnose pour adultes, uniquement au cabinet, rue Ducau. J'accompagne aussi les enfants dès 8 ans en hypnose pour enfant. Je reçois en tant qu'hypnothérapeute à Bordeaux, et mon parcours est sur la page à propos.
Questions fréquentes
Comment s'appelle la peur du vide ?
On l'appelle l'acrophobie, du grec akron, le sommet. Les médecins la classent parmi les phobies spécifiques : une peur intense, durable, hors de proportion avec le danger réel, qui pousse à éviter les situations en hauteur. Beaucoup de gens disent « j'ai le vertige » pour parler de cette peur, mais le vertige au sens médical est une autre chose, qui peut aussi survenir au sol.
Quelle différence entre le vertige et la peur du vide ?
Le vertige est une sensation de mouvement ou de déséquilibre, qui peut avoir une cause médicale et survenir n'importe où, même allongé. La peur du vide est une peur liée à la hauteur : elle apparaît en haut d'une échelle, sur un balcon ou un pont, et disparaît quand on revient sur un sol stable. Si vous avez des vertiges au sol, parlez-en d'abord à votre médecin.
Peut-on ne plus avoir peur du vide ?
Oui, la peur peut nettement reculer. L'approche la plus étudiée est l'exposition progressive, en vrai ou en réalité virtuelle, menée avec un professionnel formé. La sophrologie et l'hypnose peuvent accompagner ce travail : apprendre à détendre le corps, préparer les situations au calme, puis avancer par petites étapes. Elles ne remplacent pas un avis médical.
Pourquoi j'ai de plus en plus peur du vide en vieillissant ?
Une peur qui apparaît à l'âge adulte a tendance à s'installer si on évite les situations qui la déclenchent, et elle peut s'étendre à d'autres hauteurs. Avec l'âge, l'équilibre et la vue changent aussi, ce qui peut rendre la hauteur plus impressionnante. Si la peur s'accompagne de vertiges ou de chutes, voyez votre médecin pour vérifier qu'il n'y a pas une cause physique.
Sources
- Manuel MSD (édition professionnelle), Phobies spécifiques
- Huppert D et al., Acrophobia and visual height intolerance: advances in epidemiology and mechanisms, J Neurol, 2020
- NHS (service de santé britannique), Phobias (en anglais)
- Kapfhammer HP et al., Visual height intolerance and acrophobia: distressing partners for life, J Neurol, 2016
- Freeman D et al., Automated psychological therapy using immersive virtual reality for treatment of fear of heights: a single-blind, parallel-group, randomised controlled trial, Lancet Psychiatry, 2018
- Chou PH et al., Efficacy and acceptability of different interventions for acrophobia: A network meta-analysis of randomised controlled trials, J Affect Disord, 2021
- Arroll B et al., A systematic review and meta-analysis of treatments for acrophobia, Med J Aust, 2017
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